I. Préliminaires.
– Ce texte partagé s’inscrit au sein d’une pratique de Yoga régulière et donc dans un climat de confiance et d’alliance pour notre plus grand bien commun, la profondeur en nous. Un partage en profondeur n’est pas la communication d’opinions. Je ne suis pas intéressé à transmettre l’opinion de Lionel Fillon qui n’a pas grand intérêt dans ce contexte, mais il m’est demandé de transmettre, à partir de ce que j’ai reçu, ce qui peut être utile à chacun.
Ce passage de témoin, la transmission au sens propre, font partie du processus de croissance de chacun qui s’inscrit dans le flot de circulation de la Vie qui est Intelligence.
– Il ne s’agit pas d’apporter des réponses, de vouloir résoudre des mystères pour chercher à accumuler davantage de savoir mais plutôt de soulever des questions fécondes permettant à chacun(e) d’évoluer, de grandir.
– Il est souvent question du mental comme étant une entité dictatoriale omniprésente ayant assis son pouvoir sur notre essence. Et logiquement, ce qui risque d’écouter en nous, si nous ne sommes pas vigilants, participera de ce mental…
Il s’agit donc d’être vraiment attentif pour que celui-ci ne s’accapare pas ce questionnement en vu de se renforcer encore davantage. Pour nous aider à veiller à ce que cela se produise le moins possible, nous pouvons être vigilant aux crispations en nous, à l’envie d’argumenter, de négocier, de démontrer que ce qui est dit est contestable…
De façon générale, l’antidote au mental est « l’écoute du Coeur ». Ainsi, il est salvateur d’associer, à l’écoute rationnelle, une écoute irrationnelle, disponible, se laissant toucher. Une autre façon de formuler pourrait être de proposer au sein de l’écoute, la participation des deux cerveaux de façon simultanée, garant de l’accueil à l’Intelligence de la vie.
II. Le mental et l’ego.
1. L’ego.
L’ego est naturel et correspond à une étape indispensable lors de la constitution de la personnalité. L’enfant a besoin de se construire pour être en relation sociale. L’enjeu va être que cette construction soit équilibrée et donc en harmonie avec l’altérité. Cette transition de l’état « d’être le corps » du nouveau née à celui « d’avoir un corps », du jeune enfant jusqu’à l’âge de raison vers sept ans, est un processus terrestre apparemment inévitable.
L’état de grâce du nouveau née est un état d’être sans la conscience d’être: pour que celle-ci apparaisse, il semble y avoir un chemin incontournable en nous, souvent nommé « la chute », et consistant dans un premier temps en la perte de l’état de grâce primordial.
Cette chute peut se résumer à la transition de l’état « d’être » du nourrisson qui contemple sans nommer et qui a accès à l’essence des choses, vers l’état « d’avoir » qui pense posséder. Cet état a de plus la particularité d’enfermer dans des mots les choses environnantes et de les séparer en favorables et défavorables ce qui prive la personne d’être vraiment en contact avec elles.
Une partie du mythe « d’Adam et Ève », se rapporte surement à cela : la connaissance du bien et du mal qui ouvre les yeux extérieurs et ferme les yeux intérieurs, ceux de la connaissance de l’essence des choses…
Ainsi, sur terre, le chemin de l’être humain serait une difficile remontée, après la chute primordiale, vers la méconnaissance du bien et du mal pour accéder à nouveau à l’essence des choses.
Pourquoi en est-il ainsi ?
On peut esquisser une réponse à travers une nouvelle interrogation : ne serait-ce pas justement cette chute et le chemin de retour qui s’en suit, riche de ses secrets, qui permettraient à l’être humain de s’accomplir, pouvant ainsi de nouveau gouter l’état de suspension aperceptif du nouveau née, mais cette fois-ci, de façon consciente ?
Quelques fois, certaines traditions évoquent la justification de la venue de l’espèce humaine sur terre en émettant l’hypothèse que l’Intelligence de la vie aurait besoin de l’homme pour se contempler à travers lui ; il y a peut-être un parfum de cela, mais nous nous garderons bien de vouloir élucider si grand Mystère: juste considérer cette hypothèse comme une interrogation riche de fécondité.
2. Le mental.
– Précision.
Il ne désigne pas ici, la fonction mentale cognitive simple et utile, au service de l’action adéquate. Il désigne l’aspect névrotique émotionnel qui utilise la pensée et les émotions pour se réactiver incessamment, comme par exemple lorsqu’on rumine des pensées, brassé par un flot d’émotions. Espérer épuiser la question « du mental » demanderait surement plus d’un ouvrage, tellement celui-ci est omniprésent dans nos existences de façons multiples et infinies, nous nous contenterons ici d’apporter quelques éléments de compréhension.
– Une première approche.
Le mental a beaucoup de surnoms dont voici un échantillon représentatif: « le saboteur », « le menteur », « l’hypnotiseur », « le diviseur ».
Il est d’ailleurs intéressant de noter qu’étymologiquement, le mot diable vient de la racine grec « diabolo » qui signifie : celui qui divise, qui désunit…
Une image pédagogique, en ces temps numériques, est celle mettant en scène un ordinateur muni de ses logiciels lui permettant de fonctionner de façon optimale, ceux-ci étant au service de l’ordinateur.
Alors, dans cette métaphore, le mental est comme un virus logiciel très puissant qui s’installe dans l’ordinateur, se répand dans tous les logiciels utiles au bon fonctionnement en les parasitant et finit par prendre le contrôle de l’ordinateur. Il affiche alors son interface « pleine écran » sans même que l’ordinateur et les logiciels d’origines s’en aperçoivent ! Il utilise toutes les ressources de l’ordinateur pour son propre maintient au contrôle sans tenir compte de la pertinence de ses actions, le seul critère étant de survivre pour exaucer ses désirs.
3. Lien entre les deux.
De même que précédemment, le mental utilise l’ego à son service sans qu’il en soit conscient, celui-ci étant alors totalement asservi. C’est pour cette raison que souvent ces deux mots ou notions sont confondues au sens propre et figuré.
Le mental, constitué de pensées et d’émotions, est virtuel: il a besoin d’une structure psycho-physique pour exister et s’inscrire dans la réalité à travers des actions. Le corps physique et le sens de l’ego associé vont devenir un hôte idéal pour celui-ci.
III. Le Yoga dans la vie.
1. L’homme et la femme.
– Adam et Eve, si ressemblants, si différents…
Il n’y a pas plus semblable en apparence dans la nature qu’un homme et une femme, à quelques détails anatomiques près. Cela est si vrai que lorsque certains repères disparaissent, comme la longueur des cheveux, la pilosité apparente, la tenue vestimentaire, on pourrait souvent s’y tromper.
Et pourtant, comme l’illustre le célèbre livre de John Gray: « Les hommes viennent de Mars, les femmes viennent de Vénus », nous sommes en réalité complètement différents.
En moyenne, l’homme fonctionne principalement à partir de son 1er cerveau, le cerveau primitif qui est le renflement qui prolonge de la colonne vertébral. Il est associé aux instincts de base (à la survie, la reproduction, la nourriture, etc.).
Ainsi, Mars, dieu de la guerre et de la fertilité, résume de façon assez vérace ce fait: chez l’homme, l’énergie va être dirigée vers la protection et l’agrandissement du territoire, vers la recherche du pouvoir et de la procréation. Hélas, « l’Histoire humaine » confirme sans grandes difficultés que lorsque les hommes sont en condition de pouvoir absolu, ils s’emparent naturellement du territoire ennemi, tuent les hommes de la tribu adverse, capturent les femmes et s’empare des richesses.
De façon esquissée, on peut exprimer que l’homme, qui a le sexe à l’extérieur, est porté plus naturellement vers la croissance externe dans toutes ses activités. Il s’auto valide dans l’avoir (pouvoir, argent, sexe) afin de se sentir légitime: se confirmer à partir de « toujours plus », semble être le moteur de son psychisme.
La femme serait plus ancrée dans le cerveau limbique, le cerveau émotionnel qui, au cours des âges, est venu se superposer au cerveau reptilien. Elle, qui a le sexe à l’intérieur et est capable de porter et donner la vie, fonctionne à partir d’un complexe émotionnel interne dont la complexité bien nommée la rend souvent insondable par ses congénères masculins.
A ce sujet, j’adore cette histoire:
« Un homme, en se promenant dans la forêt, bute sur une vieille cruche d’eau à moitié brisée. Il la ramasse, commence à l’essuyer lorsque soudainement un génie apparait !
Celui-ci, visiblement rempli de gratitude, s’exprime alors:
« Merci, merci, Maitre ! Tu m’as libéré ! Exprime-moi un désir et je l’exaucerai !
L’homme d’abord surpris, se ressaisit et réfléchit quelques secondes:
– « Oui, j’ai trouvé! J’ai un vertige improbable et une grande phobie de l’eau et pourtant je rêve d’aller aux Etats-Unis. Construis-moi, s’il te plait, un pont entre la France et les Etats-Unis. »
Le génie visiblement décontenancé réfléchit…
– « Un pont sur l’océan atlantique ! Tu te rends compte: l’océan atlantique, ça fait plusieurs milliers de kilomètres de longueur et plusieurs kilomètres de profondeur par endroit !
Il conclut :
– « Non, c’est déraisonnable, demande-moi autre chose ! »
L’homme un peu dépité, réfléchit à nouveau…
Puis, il s’écrit soudainement :
– « J’ai trouvé ! J’ai toujours voulu comprendre les femmes, explique-moi la psychologie féminine. »
Le génie répond alors instantanément:
– « Heu…, ton pont, tu le veux à deux voies ou à quatre voies ? «
Cette histoire, qui bien sûr se veut tendre et bienveillante envers les femmes, est utile pour comprendre combien souvent les hommes, même en tentant avec la meilleure volonté de se transformer en génie, ne trouvent pas la solution aux mystères féminins et préfèrent fuir la maison, le couple, la relation afin de construire de rassurants ponts qui vont bien les occuper…
La femme a en elle un programme génétique de procréation. Cela se constate de façon exacerbée chez certaines femmes qui, sentant la ménopause poindre, manifestent, de façon plus ou moins conscientisée, une fébrilité à trouver « le père de leur futur enfant ». Associé à cette injonction de fécondité, la notion de sécurité est importante pour elle. Dans le choix du père de leurs enfants est sous entendu : sauras-tu me protéger ? Pourrai-je m’appuyer sur toi pour construire un foyer, un environnement sécure portant en lui la possibilité de procréer ?
En plus de ces fonctionnements intrinsèques différents, des millénaires de fonctionnements sociaux et culturels ont façonné deux mentalités bien différentes.
J’aime bien aussi cette histoire qui illustre avec humour les différences psychiques de l’homme et la femme:
« Il existe un magasin où l’on peut acheter une fois dans sa vie son mari.
C’est un magasin à sept étages avec la règle suivante: lorsqu’on est monté dans un étage, on ne peut plus en redescendre.
Et donc, une femme entre dans le magasin, monte au premier étage :
Les hommes sont « pas mal » et ils ont des professions assez rémunératrices.
Elle pense que c’est un bon début et passe rapidement au deuxième étage: les qualités précédentes sont amplifiées: les hommes sont beaux, ils ont des fonctions sociales très importantes, gage de sécurité.
Elle commence à sentir en elle de l’attraction. Elle veut en savoir plus sur l’étage suivant…
Elle monte ainsi au troisième étage, et là: les hommes sont vraiment très beaux, riches, et en plus, ils ont l’air avenant et sympa !!
Elle se sent attirée par certains… mais elle résiste, trop curieuse de savoir ce qu’il y a au quatrième étage.
Au quatrième étage, les hommes sont vraiment incroyablement beaux, riches, très sympas et, en plus, ils s’intéressent aussi à la poésie et à l’art !
Elle en repère plusieurs qui la font craquer ! Mais qu’est-ce qui pourrait bien y avoir au cinquième étage ?
Elle s’y rend d’un pas alerte: là, c’est incroyable comment les hommes sont encore plus beaux ! Ils ont non seulement toutes les caractéristiques précédentes magnifiées et en plus… ils aiment les enfants!
Là, elle se sent prête à ne pas résister mais dans un ultime sursaut, elle ressent l’appel impérieux de l’étage suivant!
Elle se retrouve donc au sixième étage: les hommes sont toujours plus beaux, à chaque fois toutes les caractéristiques précédentes sont amplifiées de façon improbable ! Là, non seulement, ils adorent les enfants mais en plus, ils aident aux tâches ménagères !
Ça devient un vrai supplice ! Elle se décide à en choisir un lorsque soudain, monte en elle, cette interrogation: si c’est comme cela au sixième étage, qu’est-ce que cela doit-être au septième étage !?
Elle ne résiste pas plus longtemps, s’y précipite et tombe alors sur une porte avec un panneau sur lequel il est écrit: » vous êtes la dix millionième à arriver à cet étage, ce magasin n’a pas de quoi vous satisfaire, merci de bien vouloir sortir ! »
Sur le trottoir d’en face, il y a un magasin d’épouses pour les hommes…
Au premier étage, les femmes sont sexy, disponibles…
Au deuxième étage, non seulement, elles sont faciles et aiment le sexe mais en plus, elles adorent le foot et la bière !
Les troisième, quatrième, cinquième, sixième et septième étages n’ont jamais été visités…
De façon simple, cette histoire illustre que les besoins des hommes sont plutôt simples et vite satisfaits et que ceux des femmes sont plus profonds, voir souvent difficilement discernables. Il ne s’agit pas ici de juger, de prendre parti mais simplement d’étayer que la rencontre de ces « deux mondes » ne va pas être évidente.
Pour ne pas conclure sur ce sujet inépuisable, nous sommes d’accords que de se contenter d’une telle approche binaire qui séparerait de façon étanche les deux sexes en deux pôles caricaturaux opposés n’est pas véraces. Beaucoup d’hommes sont très sensibles et certaines femmes sont très « Yang » dans leur fonctionnement. Il existe des femmes qui cherchent juste du sexe, des hommes très romantiques pour lesquels, celui-ci est secondaire et toutes les modalités intermédiaires existent. De plus, cette approche ne tient pas compte des réalités sociales, culturelles et religieuses à travers la surface du globe.
Ceci étant dit, elle a l’avantage de livrer des pistes de compréhension mutuelle dans le but de mieux se connaitre, se comprendre et finalement d’apprendre à vivre plus confortablement ensemble, de se faire la vie plus douce…
2. Le couple.
Petit sujet neutre…
Il existe des bibliothèques entières sur le sujet: je l’aborderai ici à travers quelques pistes utiles à notre propos visant à un « meilleur vivre » ensemble.
– L’autre est différent de moi…
Le couple est le lieu privilégié des cristallisations mentales.
Dans le début de la relation, après que « la nuit de noce » soit passée et que, temporairement les « mentales » respectifs des deux protagonistes aient tacitement respecté un délai initial de bonne cohabitation, « le territoire égotique » de chacun qui s’était mis en veille, se réveille très vite: on chasse un diable, il en revient sept…
Ainsi, la relation devra surmonter, dans ses débuts, la difficulté d’un retour du principe de réalité puis ensuite perdurer dans le temps ce qui demande des aménagements. Or, une propriété constitutive du territoire égotique, c’est qu’il est peu modulable: ses frontières sont jalousement gardées dans un intérêt permanent de survie. Ainsi, lorsque deux de ces territoires se rencontrent, c’est comme deux pièces de puzzle qui ne peuvent pas s’encastrer.
Si les motifs ne sont pas trop incompatibles, les pièces se rapprochent le plus possible: l’assemblage est bancal mais reste viable. Si les motifs sont trop éloignés, « l’accroche » n’est pas pérenne. Entre ces deux pôles, il y a tous les possibles, qui ont en commun de se diriger vers l’impossible union parfaite….
Etre en couple demande donc un ajustement régulier en une danse où les pas harmonieux côtoient les pas malheureux : inévitablement, l’un des deux protagonistes finit par marcher sur le pied de l’autre, c’est-à-dire solliciter une zone psychique douloureuse de celui-ci.
La relation n’est donc pas aisée comme chacun, avec un minimum d’expérience en la matière, l’aura constaté…
– La dissymétrie existentielle fondamentale dans la sexualité.
L’homme est resté neuf mois dans le ventre de sa mère, une mère est présente en chaque femme. Ce lieu, si la grossesse s’est normalement déroulée, est l’endroit de la fusion, du bonheur absolu. Cet aspect sera toujours présent dans la relation de l’homme aux femmes en général et à sa femme de façon particulière. Il n’aura de cesse, sans en être conscient, d’y retourner…
Or, le sexe de la femme est la porte d’entrée symbolique de cet antre béni: ainsi, l’attention des hommes sera comme aimantée vers cet aspect physique de la femme et tout ce qui s’y rapporte. Cela se concrétise à travers des paroles et des actes souvent inadéquats envers les femmes lorsque ce processus devient obsessionnel.
Au contraire de l’homme, la femme ne sort pas du sexe de celui-ci, c’est une telle évidence, qu’on l’oublie !
Le rapport de la femme au sexe de l’homme est multiple et dépend de son vécu, et hélas, souvent de son passif : la grille de lecture freudienne apporte quelques éléments de réponse intéressants dans lesquels nous n’entrerons pas ici.
On peut ajouter que la dimension affective dans l’acte sexuel est bien plus présente chez la femme que chez l’homme. Si certaines femmes aiment bien le sexe cru, sans préliminaires, la plupart, ont besoin d’un temps incompressible pour s’ouvrir, s’abandonner et être en confiance. Elles ont donc besoin de plus de préliminaires que l’homme qui est souvent bien pressé de conclure l’acte sexuel.
Pour la femme, son sexe est la porte de la grotte de la fécondité: dans l’acte sexuel, la femme non ménopausée peut potentiellement être enceinte, porter la vie et en être responsable dans sa chaire toute son existence. Ainsi, après le rapport sexuel d’un soir de deux trajectoires se croisant, l’homme peut oublier cette soirée à jamais, la femme l’avoir sous les yeux et « la » voir grandir toute sa vie !
Evidemment, même si le plaisir chez la femme est tout aussi présent que pour l’homme, celui-ci doit s’articuler autour de tout ce qui vient d’être évoqué précédemment: c’est une différence fondamentale avec l’homme cause de souffrance et de frustration de part et d’autre.
– Le couple n’est pas le lieu de la réparation.
Un couple est la rencontre de deux personnes qui, le plus souvent, ne sont pas accomplies. S’il est légitime de chercher dans la relation avec l’autre un certain accomplissement, cela devient une erreur lorsqu’on y cherche la réparation.
La relation, basée dans le but de « se trouver » à travers l’autre, revient à demander à la personne de me prendre en charge, de me soigner, ce qui n’est pas le propos. Lorsque la relation débute sur ces bases et que la recherche naturelle de s’accomplir ensemble, se transforme en la recherche de « quelqu’un sur qui m’appuyer » ou encore de « quelqu’un qui puisse me sauver » les problèmes ne tardent pas à surgir. Un tel fondement est bancal et, telle une maison construite sur un terrain instable, les murs de la relation vont d’abord commencer par se fissurer avant que des pans entiers ne s’effondrent…
Dans l’incomplétude que chacun ressent, le partenaire n’est pas le lieu de l’épanouissement à partir d’un manque maladif. Il est nécessaire de faire le deuil de celui-ci comme prolongement idéal de soi-même, sous-entendu: me permettre d’avoir accès à tout ce que je souhaite et me protéger de tout ce que je ne souhaite pas.
Il est important de savoir qu’il y a, en chacun de nous, une aspiration viscérale, à nous réunir avec le sexe opposé. Cela n’est pas nouveau, il en était question déjà dans le banquet de Platon (discours d’Aristophane) à travers l’allégorie des demi sphères résumée ici succinctement :
« Autrefois, il existait des boules à quatre bras, quatre jambes et deux visages qui étaient d’une force et d’un orgueil démesurés. Elles voulurent prendre le pouvoir sur les dieux…
Zeus les punit : elles furent séparées en deux demi sphères à une tête, deux bras et deux jambes.
Depuis, ces temps funestes pour elles, ces demi sphères ne cessent d’avoir la nostalgie de se réunir à nouveau dans l’espoir de retrouver leur complétude perdue… »
Mais, il est une loi relationnelle basique: « la fusion engendre la confusion !
Dans la relation fusionnelle, la personne perd sa riche singularité en cherchant à s’adapter à l’autre pour mieux s’y fondre. Il y a bien quelqu’un qui disparait…
Si les deux personnes sont concernées par ce processus adaptatif extrême alors la rencontre se fait au sein d’un dénominateur commun bien plus appauvri que les potentialités contenues dans l’addition de la richesse de chacun des protagonistes.
La personne fusionnelle commence par « fantasmer » l’autre et à partir de cet imaginaire, tente de se métamorphoser pour « épouser », au sens propre, la tierce personne. Il y a l’espoir illusoire qu’en disparaissant elle-même, elle va pouvoir rencontrer complètement l’autre et s’y retrouver : se retrouver dans le résultat de moi, sans moi, dans l’autre…
Cette tentative acrobatique désespérée est vouée à l’échec et à une cruelle désillusion: les mathématiques affectives ne font pas de sentiments, l’addition de « deux perdus » ne fait pas « deux trouvés ». Au contraire, la loi qui risque de s’appliquer sera plutôt soustractive.
– Le couple est le lieu de l’ajustement.
On l’aura compris, la relation à deux n’est pas simple. Mais tout ce qui vient d’être énoncé ne doit pas être pris dans le but de décourager mais au contraire, avisé de toutes ces informations, guidé de cette compréhension, le couple va être le lieu d’un défit fécond. Abandonnant l’idéalité de celui-ci, l’objectif inconscient irréalisable, et donc finalement décourageant, va être remplacé par un objectif réaliste et progressif.
Il va d’abord s’agir de se trouver soi-même, de se respecter, et non de disparaitre comme évoqué précédemment, pour être en mesure de recevoir l’autre dans sa différence. Dans la relation à l’autre, il est préférable d’éviter un train de vie affectif au-delà de ses possibilités, sinon nous devenons bien vite débiteur de la relation: si je cherche à taire ce qui m’est important, à accepter plus que je ne peux, je finis par me renier, nous revenons au cas de la personne qui gomme les difficultés du couple en se gommant elle-même… Tous ces silences extérieurs, et les inévitables autocensures associées, génèrent des crispations intérieures qui préparent le tonnerre des futurs orages du couple : plus la personne aura refoulé son ressentie, plus les orages futur seront dévastateurs !
La position évoquée, « disparaître » pour éviter les conflits, convoque chez l’autre des propensions à conquérir tout l’espace relationnel pour son propre intérêt. C’est la position symétrique à celle évoquée précédemment: prendre toute la place avec une personne qui s’efface. Les deux protagonistes deviennent complices d’un système peut-être viable à court terme mais qui, dans la durée, sera inévitablement sans issus.
De façon évidente, il y a un juste milieu à trouver entre ces deux extrêmes ce qui demande un ajustement à l’autre en temps réel qui est exigent: le couple est le lieu de l’ajustement !
Sur la balance d’évaluation de la relation, il va s’agir que le plateau du « bon vivre ensemble », l’emporte sur le plateau des tensions: passer peu à peu d’une pesée mesurant 80% d’ajustements, voir de guerres, et 20% de paix à la pesée inverse.
N’est-ce pas un but vivifiant de chercher à construire et nourrir cette perspective à deux en respect et en bienveillance de soi-même et de l’autre ?
– Les potentialités du couple.
Si l’aventure à deux n’est pas une sinécure, les deux polarités ont de nombreux avantages à s’y retrouver.
Comme l’évoque le magnifique symbole du Ying et du Yang, où chacune des parties contient un point de l’autre, chacun peut rester lui-même en partageant de soi avec l’autre. L’union harmonieuse est un « dessein », image d’une union féconde, pacifiée et heureuse.
Ainsi, le couple est riche de potentialités : il peut être le lieu de l’échange créatif au sein de l’inhabitude, une inhabitude féconde qui peut aider à se « décentrer » de soi, ce qui permet d’avoir un point de vu différent sur les événements. Etre positionné rigidement au centre de son mental engendre une vie « autour de soi » et donc circulaire : on dit bien de façon péjorative qu’on « tourne en rond » !
Nous avons précédemment insisté sur la différence entre les protagonistes du couple mais cette même différence contient aussi des richesses qui ne demandent qu’à être valorisées: lorsque la différence n’engendre pas de tension, celle-ci devient « a-ttention » et là où se porte celle-ci, un espace de possibilités nouvelles surgit à chaque instant.
3. Les enfants.
– Une initiation renouvelée…
J’ai eu la chance d’assister à la venue au monde de mes deux enfants, Ariane et Axel. Lorsque, concrètement, j’ai entraperçu la touffe de cheveux d’Axel sortir de la chair de sa mère, en cet instant juste inoubliable, la phrase suivante est montée en moi:
« Je ne suis plus le fils de mon père mais le père de mon fils ! ».
De même, lors de la venue d’Ariane, des apprentissages et réparations intérieures importantes ont été effectuées.
Il s’agit bien d’une initiation…
L’irruption (le mot est choisi) de cet être venu d’une autre planète dans la vie des parents est un événement majeur. Ceux-ci sont sollicités quasi continuellement, souvent jours et nuits au début, et ce, indépendamment de leurs désirs, de leurs besoins. L’incroyable exigence de la situation est inattendue : seul l’amour inexprimable de ceux-ci peut expliquer ce renoncement ascétique: personne d’autre que cet enfant ne pourrait imposer aux parents l’exigence qui leurs est demandée dans les premiers temps, lorsque celui-ci est totalement dépendant d’eux !
Ainsi, on peut vraiment dire que les parents sont initiés par leurs enfants, initiation qui sera amenée à perdurer bien longtemps, si ce n’est pour toute la vie, avec des modalités différentes selon les âges. La vie est généreuse et inventive dans le processus d’initiation…
Bien sûr, les joies et les partages sont à la hauteur de ces épreuves et pour ma part, cette initiation réinventée avec mes deux enfants, depuis leur arrivée au monde, est une des plus grandes bénédictions de ma vie.
L’initiation, dans les sociétés avancées, vise à faire grandir, évoluer la personne à différents stades de sa vie. Les enfants nous font donc croitre en maturité ; Ils viennent inévitablement nous chercher là où nous ne sommes pas au clair avec nous-mêmes : ils agissent comme des révélateurs mettant au jour des parties de nous quelques fois insoupçonnées.
Pour chacun des deux parents, ils ont la potentialité d’aider chacun des sexes à s’aboutir au fil des années exigeantes du métier le plus difficile au monde : être parent.
De mon côté, je fus un père idéal… avant d’avoir des enfants !
– La question de l’éducation…
Avant la naissance des enfants, avec leur mère, nous avions accumulés suffisamment de livres en matière d’éducation pour former une respectable tour de Babel s’élançant vers le ciel de cet inconnu, certes heureux, mais aussi bien angoissant: la venue d’un enfant dans notre vie. Après la naissance de ceux-ci, nous avons eu finalement peu recourt à ces livres tellement le quotidien avec eux et la grande adaptabilité qu’il demande furent notre meilleure école de parents.
Par rapport à l’éducation des enfants, il est possible que les opinions se cristallisent dans certains couples: si le nourrisson est un « petit sujet » de quelques décimètres, le sujet de l’éducation, lui, n’est pas de petite taille…
La question devient vite « viscérale », tellement elle vient fouiller en chacun de nous, et chacun peut vite se crisper sur ses positions.
Par exemple, l’un des partenaires peut être dans la tendance à considérer que les expériences de la vie sont riches, denses et matières à en tirer des leçons et donc « grandir », l’autre peut au contraire considérer le plus souvent que la vie est dangereuse et que le rôle des parents est de protéger leurs enfants…
Si une éducation équilibrée est surement entre ces deux pôles, pour chacun des protagonistes, sa façon de voir est le plus souvent profondément affective et donc irrationnelle: il n’est point besoin d’être devin pour présager de futures tensions !
En plus de ce qui vient d’être énoncé, les parents sont de sexe différent et auront ainsi des angles d’approche non identiques par rapport à l’éducation. Sans être dans des clichés, c’est quand même important de savoir qu’en « toile de fond psychique », la vision féminine penche plutôt vers la protection, le fait de pourvoir aux besoins de croissance physique et affective de l’enfant. Pour celle-ci, la notion de lien est fondamentale: c’est juste du bon sens, porter un être dans son ventre neuf mois, n’est pas neutre…
L’énergie masculine est plutôt dirigée vers l’extérieur et va dans le sens de l’exploration du territoire, de la recherche d’autonomie et de l’apprentissage de la « survie ». Symboliquement, le père est celui qui coupe le lien fusionnel de la mère avec l’enfant, ainsi, il met fin à la «dyade» fusionnelle nécessaire au départ mais mortifère si elle perdure: « l’impasse » du deux se transforme en « une triade » féconde et prometteuse.
Ces deux tendances différentes, nécessaires pour la conception d’un enfant, ne sont pas l’énoncé d’une catastrophe future inéluctable, elles peuvent se compléter en synergie dans l’intérêt de l’enfant.
Ainsi, un mélange harmonieux de ces deux pôles est possible et souhaitable : c’est celui-ci qui, questionné à chaque situation de la vie mettant en jeu nos protégés, rend le métier de parent pas si évident que ça en pratique.
– Les enjeux personnels dans cette histoire.
Dans cette aventure à deux, ce sont souvent les enjeux personnels de chacun qui font, de cette potentielle « belle histoire », de nombreuses « histoires » conflictuelles. En effet, chacun des parents fut un enfant et ce, au sein d’une famille, avec une certaine place dans une fratrie (ou enfant unique), dans un système socioculturel bien marqué, accompagné d’un éventuel environnement religieux, philosophique, politique…
On l’aura deviné, notre recette constitutive, est loin d’être simple: l’équation du couple ne le sera pas non plus. Cet ensemble va bien sûr interagir dans l’éducation des enfants.
Si les tensions sont inévitables, lorsque celles-ci seront trop marquées, plutôt que l’enfant soit assiégé de part et d’autre par des parents face à face, figés dans leurs positions et finalement le prenant en otage, il sera lucide de chercher de l’aide.
Cela peut passer par une psychothérapie de couple, de famille ou encore personnelle: chacun prendra alors probablement conscience qu’il ne peut pas faire l’économie d’un travail d’introspection personnel dont les modalités fécondes seront propres à chacun.
– La question du mystère.
Accueillir, voir grandir et se développer harmonieusement les enfants, être à la fois totalement partie prenante de ce processus et sentir simultanément qu’il nous échappe complètement, fut pour moi une aventure juste improbable !
Celle-ci a renforcé mon questionnement sur les Mystères de l’univers:
« D’où vient la vie ? » ; « Y-a-t-il un avant, un après ? » ; « Y-a-t-il un sens à la vie et si oui, lequel ? » ; « Qui suis-je, vraiment ? » ; « Existe-t-il un Créateur, une Intelligence dans le processus ? » ; etc.
Ainsi, dans la relation profonde à l’enfant, relation profonde qui permet de passer de « c’est mon enfant » à « l’enfant qui m’a été confié », l’ensemble de ces questions est nourri en filigrane par la contemplation disponible de l’incroyable processus de l’aventure humaine sur terre qui se déroule sous nos yeux à travers eux.
4. L’altérité.
– L’autre est un autre !
Cet aspect a été plus ou moins déjà abordé précédemment : l’autre est, comme on l’a vu précédemment, un territoire égotique comme nous le sommes nous-mêmes… Le but de ce territoire est de survivre en conservant jalousement et férocement ses frontières, celles-ci étant bien différentes selon les personnes.
Cette phrase: « l’autre est un autre », que j’ai tant entendue d’Arnaud Desjardins, est comme un mantra qu’il est bon de se rappeler de temps en temps…
De même, dans toutes les catégories relationnelles possibles, chacun a sa vision de la situation à partir de ce qu’il est, la façon dont il s’est construit, son environnement familial, socio-économique… Avoir intégré que «l’autre est un autre» permet de mieux le comprendre et donc de le « prendre avec » au sein des velléités de l’existence.
Deux conducteurs électriques ayant une tension électrique entre eux engendrent un arc électrique et des étincelles, qui peuvent mettre le feu, lorsqu’ils sont mis en contact, ils n’engendrent aucunes perturbations lorsque la tension entre eux est nulle.
De même, on peut comprendre le côté « électrique » de beaucoup de relation de notre société lorsque les personnes n’ont pas intégré que la perspective de la tierce personne peut être totalement différente dans la sienne.
Tenir compte avec bienveillance de la vision du protagoniste revient, dans la métaphore électrique précédente, à éliminer la différence de tension et donc d’éviter les arcs électriques non utiles et perturbateurs : alors cela change tout…
5. Etre à sa place.
Etre à sa juste place est comme une invitation bienveillante offerte à l’autre de pouvoir prendre la sienne. Lorsque chacun prend sa juste place, en adéquation avec lui-même, cela le détend et provoque une ouverture, une écoute à la demande de l’autre. Le mental est «mis à mal» et l’ego équilibré peut reprendre sa place.
Le territoire égotique s’effondre tel un mur de Berlin: les frontières deviennent perméables et peuvent laisser passer la demande extérieure dans une écoute du coeur.
Cette attitude est fondamentale car elle permet de faire l’expérience qu’être à la juste écoute de l’autre ne m’amoindrit pas mais bien au contraire m’enrichit. La tierce personne, qui se sent vraiment entendue, dépose à son tour les armes de l’affrontement dans une reliance d’attention mutuelle nourrissante.
IV. Eléments de synthèse.
– Plusieurs items ont été égrenés comme autant d’aspects avec lesquels nous avons à négocier au sein de nos vies, de façon à les appréhender de façon harmonieuse. Cette perspective n’est pas un petit but dans la recherche de la profondeur en nous. Toutes ces parties de notre existence peuvent, si on les néglige, se manifester comme autant de petits tyrans chronophages et énergivores. Une authentique recherche intérieure demande beaucoup d’énergie fine. Tenir compte, de façon habile, de toutes les créances énergétiques de nos divers rôles sociaux permet un fonctionnement harmonieux au sein de l’altérité de ce monde. Ce geste intérieur va libérer des quantités considérables d’énergie dense qui vont être alors disponibles à une véritable transformation intérieure qui sera l’objet de la partie 2 de ce partage.
Ainsi, si, dans une première approche « du Yoga dans la vie quotidienne », nous avons plutôt insistés sur les aspects pratiques, relationnels et psychologiques, dans un deuxième temps, nous explorerons des aspects plus profonds à travers: « le Yoga dans la vie quotidienne, partie 2 ».