Le « Petit crème » est un café proche de l’église de St Eustache à Paris.
Il orne le début de la rue Montorgueil et les passants qui s’y invitent découvrent une décoration fleurie par des plantes certes séchées mais point desséchées : celles-ci n’ont pas encore dit leur dernier mot.
De nombreuses tables accueillent des destinées bien remplies qui viennent égrainer quelques soupirs sur ces tables aux oreilles jamais lassées.
Un son, qu’il serait tentant d’appeler brouhaha, se répand généreusement au sein d’un haut plafond accueillant.
Si cette sonorité ne semble guère adéquate en une première écoute, c’est que l’âme y cherche légitimement l’harmonie. Point d’harmonie plausible en cette chorale improvisée au sein de laquelle chacun s’invite et prend congé au rythme des petits crèmes.
Ainsi, l’oreille pourrait avoir légitimement tendance à protester, mais à mieux écouter avec cœur, un chant des âmes finit par se faire connaitre…
Comment pourrait-il dissoner dès lors que chacun chante sincèrement sa juste partition en se perdant dans le regard de l’autre ?
La porte de l’âme reconnait en tout son, une harmonie inhérente : la personne qui s’exprime donne en réalité à lire de sa nostalgie d’une âme perdue qu’il cherche, sans le savoir, dans les yeux sans fond de son interlocuteur…
En cela, ces multiples sonorités deviennent touchantes, tant elles désignent des cris d’espoir à contacter l’âme sœur égarée en un autre temps.
Ainsi, point de drame sonore en cette cohue d’octaves improvisés, juste l’errance humaine quotidienne de chercher vainement à se trouver dans sa propre parole et le regard de l’autre.
Peut-on avoir le courage de cesser de s’y essayer ?
Alors, en cet instant héroïque, où l’être humain se retire de la vaine tentative de se ressentir par ce biais, il devient possible d’écouter son propre son, ses inévitables dissonances humaines munies de leur monde intérieur d’ombres.
En ce maintenant, je le com-prends : pour survivre comme je le peux, il me s’agit d’éviter une intériorité remplie de monstres d’un conte d’enfant que je me raconte : en cette narration d’effroi, se réactive l’incessante vaineté de camoufler une réalité intérieure qui ne cessera jamais de me harceler tant qu’un regard de Lumière ne l’aura pas consolée.
Sinon, elle sera la créancière intérieure de mes journées, de mes nuits, de mon passé et de mon futur en un harcèlement continuellement renouvelé.
Ayant compris cela, l’héroïne, le héros accepte de descendre en son Hadès, alors certainement son âme remontera victorieuse de la plus grande bataille de tous les temps, celle de la victoire de l’humanité sur ses parts d’ombres intérieures.
Villa Magnier, 25 novembre 2025.
