Essence du Yoga : c’est une question profonde…
- L’équation soluble de la coexistence de la durée et de l’instant.
En fait d’une certaine façon, notre « quête écrite » est vaine : le Yoga participe de la spiritualité, c’est un état d’être qui se vit dans l’anéantissement du temps et donc dans la verticalité de l’instant présent. Juste cette expérience, ce ressentit dans ce corps en cet instant sans lieu et sans temps. Tout semble dit et l’on pourrait en rester là.
Petit moment de solitude du lecteur…
Oui, mais…
Il y a deux approches complètement compatibles et qui pourtant semblent inconciliables pour la pensée raisonnante et donc non résonnante.
D’un côté, ce qui vient d’être énoncé est vrai et non seulement écrire sur ce sujet est vain mais tout chemin spirituel qui a un début, un cheminement et, on l’espère, un jour une fin, n’est qu’une illusion puisque s’inscrivant dans le temps. Alors, le Yoga serait une illusion de plus dans notre monde d’illusions…
Pas si simple…
Ce monde est éminemment quantique et, au sein de celui-ci, les lois de la mécanique quantique font coexister harmonieusement ce qui nous semble être des contraires.
Ainsi, d’un autre côté, l’expérience humaine concrète montre que si ce que l’on a énoncé précédemment ne souffre pas de la moindre négociation, dans les faits « le terrien moyen » a besoin de temps (et même de pas mal de temps !) pour s’en approcher.
De là, la nécessité, et la validité, de la notion de cheminement spirituel et donc de chemin spirituel: parmi beaucoup de magnifiques chemins à travers le monde, le Yoga est une belle voie.
- Le Yoga n’a pas de temps.
La première approche précédente nous raconte une histoire sans temps, celle de l’instant, celle de la Vie qui n’a pas besoin de système, de référence.
La fleur qui ouvre ses pétales au doux soleil du matin, ne revendique aucune appartenance. Elle ne se sent ni supérieure, ni inférieure à une autre fleur ou un autre végétal: elle ouvre, sans attentes, ses pétales à la caresse d’un rayon de chaleur, apportant ainsi sa note vibratoire à la symphonie de la vie.
Ainsi, le Yoga est gratuité, comme un hommage à la création à travers cet incroyable corps humain, cadeau inestimable, qui va pouvoir s’exprimer gracieusement au sein de la danse de la vie.
Le Yoga est juste ce mouvement là, ce souffle là, une présence mystérieuse qui n’a pas de carte d’identité. Il participe de la spiritualité, comme une volute de fumée s’échappant d’un feu de bois, participe des vapeurs de celui-ci ajoutant son motif à l’infinie variété des motifs déjà apparus depuis que le feu existe sur terre. Il se déplace sur la vague de l’instant présent en un mouvement qui ne part de nulle part et ne va nulle part, un mouvement immobile.
Alors, l’Asana, la posture devient le lieu, le contenant de l’incroyable coexistence des contraires : au sein de ce corps fini, l’infini se manifeste, en ce volume humain localisé, le non localisable se manifeste. C’est une expérience renouvelée, singularité d’une mystique « divine » qui nous échappe…
- Le Yoga n’a pas de forme.
Ce qu’on appelle « la science du Yoga » semble avoir « un catalogue » de postures qui ne cesse de s’élargir: si certaines postures remontent à l’aube de la civilisation indienne, la salutation au soleil, par exemple, n’est apparue qu’au début du 20ième siècle.
Mais ces postures ne sont que les pointillés d’un motif qui se dessine en un trait sans dessin qui semble pourtant chercher un dessein qui nous échappe.
Elles ne sont que le lieu de passage du voyageur en état d’être, qui chemine sans but visible dans ce que l’on nomme une pratique de Yoga. Elles sont le contenant d’une énergie en variation de densité constante qui s’offre aux forces existantes en une danse de l’indicible. Totalement abandonné à la posture et à son souffle, « ce prénom » qui pratique yeux clos, se sent peu à peu « disparaître » en tant que carte d’identité avec ses propriétés physiques et psychiques associées.
Totalement disponible à l’expérience, l’aspect physique de la personne s’efface inéluctablement en une sécurité de la vérité de « ce que Je suis vraiment ».
La forme devient « sans forme » et pourtant un cœur continu de battre: les dieux des mathématiques, de la physique, de la philosophie, de toutes les sciences cognitives s’inclinent devant cette équation non soluble dans sa solution de présence profonde.
- Alors, peut-on dire que le Yoga existe ?
En effet d’après ce qui vient d’être partagé précédemment, la question se pose.
Pourtant, je suis, en autres, professeur de Yoga: enfin, me semble-t-il…
Jusque là tout allait bien: je visualise la file de tous les membres de l’association de Yoga de ces dernières années demandant le remboursement de cours de Yoga qui n’ont jamais existé…
Voyons cela de plus près.
De façon factuelle, lorsque je partage un cours de Yoga, par exemple le samedi matin, il commence à 9h30 et se finit à 11h, comme l’indique le petit réveil posé à côté d’une statue de Bouddha.
D’ailleurs, nous sommes plusieurs à vérifier l’existence de « ce temps » puisque nous nous retrouvons à « cette heure » et ces retrouvailles ne sont pas le fruit du hasard: je ne passe pas la semaine à faire de passionnants « aller-retour » dans mon sous-sol où se trouve ma salle de Yoga à la recherche d’un pratiquant venu lui aussi voir si par hasard un professeur de Yoga était là…
De même, il existe bien un lieu pour cette rencontre : le cours de Yoga n’est pas le fruit d’une rencontre miraculeuse à l’adresse de la salle de Yoga, d’un certain nombre de personnes en errance hiératique et se retrouvant là par hasard…
Ainsi donc, de façon empirique, il existe bien un temps et un espace partagé.
S’il existe un temps et un espace, il existe bien le temps de faire un mouvement au sein de cet espace et donc finalement de faire un cours de Yoga. S’il existe un cours de Yoga, c’est que celui-ci existe vraiment ! Ouf, le trésorier de l’association respire…
Ce point de vu, basé sur un vécu indiscutable, éliminerait-t-il alors le précédent qui semblait pourtant étayé et pertinent ?
Une image est intéressante, celle de plusieurs personnes regardant une sculpture de différents points de vu. Une de ces personnes, visionnant celle-ci depuis son point de vu, pourrait en donner une description vérace selon son angle de vision. Une autre personne située à une autre place, donnerait également sa description, tout aussi pertinente et pourtant ces deux visions ne coïncideraient pas…
Lorsque j’étais jeune adulte, et assez entier dans mes opinions, cet exemple m’avait vraiment interrogé: j’avais une vision assez manichéenne des choses: je pensais alors que soit « j’avais raison », soit « je me trompais ».
J’avais été un temps démuni par cet exemple. Par la suite, j’ai réalisé que la cohabitation de plusieurs vérités étaient possible, que ces vérités pouvaient s’allier, au lieu de se combattre, de façon à offrir une compréhension plus vaste comme les pièces d’un puzzle, qui ne contenant pas en elles-mêmes la vérité du dessin final, permettaient au sein de leur alliance de faire apparaître le motif.
Ainsi, donc les pièces du « puzzle de notre interrogation », ne se disqualifieraient pas mais seraient plutôt l’étape indispensable à l’apparition du « dessein ».
Sur cette terre munie de terrien (dont elle se serait d’ailleurs peut-être bien passée !) le subtil a apparemment besoin d’un contenant en une nécessaire cohabitation, de même le visible et l’indicible participent d’une même réalité de façon complémentaire. L’expérience « d’Être en état de Yoga », qui est par essence en dehors du temps et de l’espace, se vit au sein d’un corps ayant des attributs, s’inscrivant eux dans le temps et que l’on interpelle par son prénom.
- Essence du Yoga.
Pour ne pas conclure, l’essence du Yoga serait la coexistence simultanée de deux pôles inconciliables, celui de « l’espace-temps » et celui de l’instant sans temps et sans espace.
Alors, la personne en « état de Yoga », goûte le nectar de ces deux possibles qui s’abîment l’un dans l’autre en un miel divin. Le pratiquant, lorsqu’il vit réellement cette expérience, n’a de cesse de la retrouver à nouveau.
Vouloir la retrouver, c’est la perdre, se perdre sans la vouloir, c’est la retrouver.
Dans cette expérience, il y a comme une reconnaissance: totalement abandonné à toute recherche de moi-même, je me trouve en cette pratique parce que le « Je » infini se réalise au sein du fini d’un corps humain.
L’essence du Yoga serait donc « le gout du Soi en soi », Mystère inapprochable et pourtant si familier…
Lionel,
Mars 2020.
